
Buenos Aires est un peu comme une tour de Babel , on y trouve
tous les pays d'Europe et d'Orient dans les veines de ses habitants, et on y croise ses voisins de l'Amérique du Sud, mais aussi des Asiatiques et des Africains.
Pour parler de la population de Buenos Aires, quand on est habitué aux grandes villes européennes, le centre la capitale semble extrêmement "blanc", tel un cocktail d'Europe occidentale parachuté dans les années 1900 et que l'on aurait coincé au fin fond de l'Amerique du Sud pour observer ce que tous ces pays mélangés entre eux pouvaient donner 100 ans après. Les Portenos se sentent très fiers de leurs origines venues d'ailleurs, du grand père italien, de la grand-mère syrienne, de leur nom de famille français, de leurs ancêtres juifs polonais, de la mama espagnole... Beaucoup, pour être petit-fils/filles ou fils/filles d'Espagnols ou d'Italiens, ont le double passeport et double nationalité, et peuvent donc venir travailler ou étudier en Europe sans problème, en étant complètement légal. C'est même d'ailleurs un business pour les avocats, on voit beaucoup de bureaux ici qui s'occuppent de d'obtenir la nationalité italienne ou espagnole pour leurs clients auprès des consulats. Ici c'est courant de rencontrer des Argentins dont chaque grand-parent ou parent est d'un pays différent et de continents si éloignés. Un dicton dit "Les Mexicains descendent des Aztèques, les Péruviens des Incas, les Argentins des bateaux."


Pays largement catholique, on trouve de nombreuses églises dans la ville, des cathédrales, à l'architecture beaucoup plus moderne que chez nous forcément. Par chance les Argentins n'ont pas le même rapport à la religion qu'au Mexique, ils n'ont pas ce fatalisme et cette abnégation aveugles et ils me semblent plus modérés. J'en vois qui se signent quand ils passent devant une église, qu'ils soient en voiture, dans un bus, ou en marchant.
Calle Uriburu, dans le Once, j'ai retrouvé les Juifs orthodoxes tout de noir vêtus qui me rappellent mes voisins de la Place des Fête dans le 19ème. La
communauté juive de Buenos Aires est la plus importante de toute l'Amérique du Sud, elle a ses synagogues, ses écoles ect. Je n'ai pas l'impression qu'il y ait des problèmes de cohabitation entre les religions.
Buenos Aires a aussi ses mosquées, ces centres culturels où on peut y apprendre l'arabe, les danses traditionnelles orientales etc.
En raison de cette ascendance venue de loin, de la vieille Europe, certains argentins s'estiment supérieurs, n'ayons pas peur des mots, à leurs voisins plus "métissés". Ils se comportent donc en rois du pétrole (encore plus avant la crise de 2001) quand ils voyagent à l'étranger, et se font donc détester en retour, normal. D'ou toutes les blagues qui circulent en Amérique du Sud sur les Argentins et leur narcisisme légendaire, l'Argentin qui croit que l'éclair de l'orage est un flash de photographe ect ect... Algo habran hecho, no ?
Bien sûr il y a les Argentins d'origine indigène, mais beaucoup moins présents dans la capitale qu'au Mexique, au Pérou ou en Bolivie. Ils sont minoritaires dans le centre de Buenos Aires, et pas besoin de faire un dessin, largement majoritaires dans les quartiers pauvres et les bidonvilles, et comme toujours quasi inexistants dans les médias, les publicités, les films... Plus on se rapproche des Andes et du Chili ou du nord et de la Bolivie, plus les origines indigènes sont présentes. Comme très souvent, il n'est pas très bien vu d'etre un peu trop bronzé donc on préfèrera donner un emploi à un Argentin aux yeux bleux qu'à un Salteno un peu trop foncé "morocho". Il y a ici ce même sentiment de
malinchismo qu'au Mexique (certes dans une moindre mesure), c'est a dire ce sentiment d'infériorité par rapport à l'étranger, à l'Europeen et au blanc de peau en géneral, qui m'ecoeure toujours autant. J'ai vu plusieurs fois des américains au Mexique ou des européens ici à Buenos Aires passer devant des locaux pour rentrer en boite de nuit, parce qu'on leur proposait, et que leur présence et leur monnaie étrangère étaient considérées un "honneur" pour l'établissement je présume...
Il y a aussi des descendants
d'esclaves Noirs, très peu nombreux, et encore moins reconnus par la société argentine.
Quant aux étrangers, les quelques chiliens et Brésiliens que je connais sont étudiants, ce n'est pas une migration "économique" mais plutôt éstudiantile de familles aisées. Ils viennent faire un pas de tango et repartent chez eux, en géneral contents de rentrer d'ailleurs. Une chilienne me disait que Buenos Aires était trop désordonnée pour elle, qu'au Chili les choses filent plus droit, sûrement une histoire de dosage entre sang chaud italien et sang germanique ! Une brésilienne me disait que Buenos Aires, c'est "tudo bem", "buena onda" et tout ce qu'on voulait mais que quand même, l'allégresse permanente de ses compatriotes lui manquait. Comme quoi ce n'est pas un mythe, la lambada, la plage en string et le reste, ca rend vraiment les gens plus heureux faut croire. Enfin je trouve bizzare quand même que la culture, la cuisine, la musique brésiliennes ne soient pas plus représentées que ça à Buenos Aires, sûrement parce qu'il y a plus de Brésiliens à Paris qu'ici. Ces 2 pays géants semblent s'ignorer, sauf pendant les matches de foot.
Beaucoup d'Uruguayens sont à Buenos Aires, pour eux c'est une ville accessible en quelques heures de bateau en traversant le delta du fleuve de la Plata. On voit des affiches en ce moment dans la ville qui leur rappellent d'aller voter pour les élections présidentielles de leur pays.
On rencontre aussi des Colombiens, que les mauvaises langues accusent d'être les barons de la drogue ici, comme si les Argentins ne savaient pas se débrouiller tous seuls comme des grands en la matiere... Pauvres petits argentins si bons et si purs que les cousins colombiens viennent pervertir...
Mais les minorités les plus visibles comme on dit, et qui se reconnaissent à coup sûr, ce sont les voisins andins, les Péruviens et les Boliviens, et les Asiatiques (que je n'ose appeler chinois même si ca me sort naturellement, parce qu'en fait je n'en sais fichetrement rien d'où ils viennent exactement). Je n'ai jamais parlé à ces derniers, pas plus à eux qu'à mes voisins de pallier bellevillois à Paris, eux qui cernaient ma boite au lettre -au nom bizzarement si francais- de leurs signes et caractères incompréhensibles, et me faisaient me sentir davantage a Shangai ou à Beijing qu'à Paris. Je retrouve les Asiatiques uniquement dans les petits et moyens supermarchés de la ville, ouverts tous les jours, le dimanche, le soir tard... Les rois du commerce, sans l'ombre d'un doute, c'est eux. Je vois les Boliviens et les Péruviens surtout dans les magasins de fruits et legumes et les boucheries. Ceux chez qui je vais dans mon quartier connaissent déja mon prénom ! C'est drôle, est-ce parce que nous sommes étrangers eux comme moi que la complicité s'installe vite ? Je pense que c'est surtout parce que je suis assez curieuse de savoir d'où ils viennent, donc j'ai vite lié connaissance. Avec un peu de chance, je suis passée près de leur ville ou village lors d'un voyage antérieur. Et que discuter quelques secondes d'Arequipa ou de Mancora me replonge dans des moments fabuleux passés au Perou avec ma Sophie, et me redonne envie de revenir la-bas manger un ceviche face a l'océan pacifique... ! Tout ceci m'amène donc régulierement à dire "je descends chez le Bolivien" comme j'allais chez l'Arabe à Paname ou chez l'Indien...
Enfin, on rencontre exceptionnellement aussi des Africains, venus du Mali et des alentours. Quand je peux je leur glisse quelques mots en Francais, comme ca pour voir, et ça ne rate pas, à chaque fois je les fais sourire et ils me répondent dans ma langue maternelle !